Au cœur de l'histoire et du métissage réunionnais
En arpentant le site, les pierres et les sentiers racontent des vies multiples. Avant 1848, certains arrivaient en tant qu'esclaves, soumis à la servitude, leur quotidien marqué par la contrainte et la survie. Après l'abolition, de nouveaux visages franchissent les océans comme travailleurs engagés, sous contrat pour les plantations de canne à sucre, venant d'Inde, de Chine, de Madagascar ou d'ailleurs.
Le lazaret de La Grande Chaloupe, créé en 1860, les accueillait, imposant quarantaine et soins pour protéger l'île des épidémies. En marchant ici, je commence à poser les briques une à une, à saisir comment ces vies avant et après se répondent, comment l'histoire et les dates façonnent le présent.
Malgré les conditions et les origines différentes, tous ont contribué à un brassage culturel durable, forgeant une identité commune que chaque Réunionnais peut aujourd'hui reconnaître. Ce lieu, témoin silencieux, révèle que l'île est née de ces rencontres, de ces passages, et que l'histoire se lit encore dans ses pierres et ses chemins.
Dortoirs, hôpital, débarcadère et annexes sont bâtis le long de la ravine. Le Lazaret n°1 (La Possession) et le Lazaret n°2 (Saint-Denis) accueillirent des milliers d'hommes et de femmes venus d'Inde, de Chine, de Madagascar et des Comores.
Le Lazaret N°1
La Grande Chaloupe
"Sur la roche noire où bat le ressac,
La Grande Chaloupe garde le silence de l'exil.
Ici, les engagés ont croisé le destin de l'île, entre les murs de pierre et le bruit du chemin de fer.
Enfant du pays, j'ai marché dans leurs pas oubliés, pour ancrer leur mémoire au cœur de mes racines."
Il est des lieux qui dorment à côté de nous pendant des années. Gravés dans le paysage créole, ils restent pourtant invisibles. Je suis né à La Réunion, j'y ai grandi, et pourtant, il aura fallu attendre mes vacances de décembre 2025 à janvier 2026 pour pousser enfin les portes du Lazaret de la Grande Chaloupe.
Niché à flanc de falaise entre La Possession et Saint-Denis, ce haut lieu du patrimoine de La Réunion est un sanctuaire de la mémoire collective. Ressentir le poids, la douleur, mais aussi la beauté de notre passé métissé.
En parcourant ces vestiges en pierre lors de mon dernier séjour, j'ai mesuré l'importance de transmettre cette mémoire. Levons ensemble le voile sur l'histoire de ces milliers d'engagés qui ont façonné l'identité et la culture créole.
Après l’abolition de 1848, l’économie sucrière de l’île (alors appelée Bourbon) avait un besoin désespéré de bras. Pour remplacer les esclaves, les colons ont mis en place l’engagisme : un système de travail sous contrat de 5 ans, avec un maigre salaire mensuel.
J’ai appris que notre île a été un laboratoire mondial. Dès 1828 (bien avant l’abolition), les premiers engagés indiens débarquaient de la goélette La Turquoise pour travailler dans les champs de canne, côte à côte avec les esclaves.
Près de 200 000 engagés ont transité par l’île jusqu’en 1933. Si ce système n’était juridiquement pas de l’esclavage, les conditions de vie de ces « engagés du sucre » sont restées misérables et précaires jusqu’au milieu du XXe siècle.
On parle souvent de notre vivre-ensemble comme d’un miracle, mais j’ai compris au Lazaret qu’il est né dans la douleur et l’isolement de la quarantaine.
C’est ici, entre ces murs, que des êtres humains venus de tous les horizons ont été forcés de cohabiter pendant des semaines pour éviter les épidémies :
C’est cet isolement partagé, ce destin uni dans l’attente, qui a forcé ces peuples à échanger leurs cultures, leurs croyances et leurs traditions. Notre métissage culturel est né entre les murs du Lazaret.
Une des plus belles révélations de ma visite concerne nos identités. Contrairement aux esclaves qui perdaient leur nom, les engagés arrivaient comme des hommes libres. Ils s’enregistraient avec leur nom d’origine sur les registres matricules, le transmettant ainsi à leurs enfants.
J’ai découvert une spécificité touchante : la plupart des descendants d’engagés portent aujourd’hui le nom de leur ancêtre féminin. Les mariages n’étant souvent que religieux et non reconnus par l’État civil français au XIXe siècle, c’est la mère qui déclarait le nouveau-né, lui donnant son nom. Nos noms de famille actuels sont les gardiens de ce passé.
À la fin de leur contrat, beaucoup ont choisi de ne pas repartir. Ils sont restés, sont devenus français (grâce à la loi de 1889), ont acheté de petites terres et ont définitivement façonné le peuple réunionnais.
En quittant la Grande Chaloupe, je me suis promis que mon site, Kèr & Rasin, redonnerait à ces milliers d’ancêtres la place qu’ils méritent dans notre mémoire collective.
En posant ma main sur la roche brute de ces murs, j'ai ressenti un frisson particulier. Ce ne sont pas de simples ruines. Ces pierres ont absorbé les larmes de l'exil, les murmures de l'attente, mais aussi les premiers éclats d'espoir de nos ancêtres.
« Marcher au Lazaret, c’est réaliser que leur sang coule dans nos veines. Chaque pas ici est une promesse de ne jamais oublier d'où l'on vient pour mieux savoir où l'on va. »
Le plus bouleversant, c'est de voir comment la vie a repris ses droits. Là où régnait la peur de la maladie et de l'oubli, pousse aujourd'hui notre fierté.
Chaque arbre, chaque herbe raconte la vie de ceux venus d'horizons lointains, à la recherche de repères pour se situer et trouver leur équilibre dans ce nouveau quotidien.
Au Lazaret, la rencontre entre communautés favorise les échanges de savoirs : remèdes, tisanes, techniques culinaires se transmettent, chaque geste devenant un pont entre traditions. Le "vivre ensemble" est né dans ce partage secret.
🌿 Bois Amer (Carissa spinarum L.)
Le Bois Amer est une plante endémique de La Réunion, aujourd'hui très rare à l'état sauvage mais encore présente dans certains jardins créoles. Il pousse principalement dans les zones semi-sèches de basse altitude et se reconnaît à ses petites feuilles coriaces, ses fleurs blanches et ses baies vertes.
Traditionnellement, son écorce était utilisée en tisane pour accompagner le traitement de la typhoïde et de certaines maladies vénériennes. Elle renferme notamment des alcaloïdes et des saponosides, composés auxquels sont attribuées ses propriétés médicinales. Bien qu'il fasse partie du patrimoine de la pharmacopée réunionnaise, le Bois Amer est aujourd'hui une espèce précieuse qu'il convient de préserver.
Source : APLAMEDOM – Bois Amer
« Zerbaz » Bois Amer (Carissa spinarum L.)
La Réunion abrite plus de 250 espèces endémiques, dont 19 plantes médicinales inscrites à la Pharmacopée française. L'art des tisanes est un patrimoine vivant, perpétué par nos tisaneurs réunionnais.
Cette tisannerie traditionnelle repose sur trois techniques clés : l'infusion (eau bouillante), la décoction (ébullition) et la macération (trempage à froid).
Découvrez les secrets et vertus de l'Ayapana à travers cette production du Conseil Départemental. Une mise en lumière essentielle de notre savoir-faire médicinal traditionnel.
Sur cette page, Kèr & Rasin' vous propose de visionner ce reportage via le lecteur YouTube officiel, afin de partager notre patrimoine tout en valorisant le travail de transmission de nos institutions locales.
Le Lazaret est le point de passage clé du premier axe routier de l’île, achevé en 1732. Ce sentier entièrement pavé de pierres de basalte offre un véritable saut dans le temps et des panoramas spectaculaires sur l'océan Indien.
Vous attaquez directement le rempart Ouest depuis la ravine de la Grande Chaloupe. Une montée sèche et pavée au démarrage sous le soleil qui débouche sur un immense plateau de savane dorée surplombant la mer. C'est l'itinéraire idéal pour revivre le tracé des premiers colons et des messagers d'autrefois.
Découvrez l'exposition exclusive actuelle au Lazaret. Une immersion visuelle et historique unique à ne pas manquer lors de votre visite.
En savoir plus →Kèr & Rasin' remercie chaleureusement l'équipe du Lazaret de la Grande Chaloupe pour leur précieux travail de préservation et leur accueil.
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Nous laisser un message"En lisant votre article sur le Lazaret, les larmes me sont venues. Mon arrière-grand-père est passé par ces structures en arrivant de Calcutta. Merci de faire revivre cette mémoire si précieuse pour notre île."
"Le travail de documentation sur les Zerbaz Péi combiné à l'histoire du Ti Train est remarquable. C'est exactement le genre de site dont la jeunesse réunionnaise a besoin pour se reconnecter à ses racines."
"Une immersion magnifique ! L'alliance de l'histoire et des outils modernes (comme la météo en direct sur le Chemin des Anglais) donne envie de prendre ses chaussures de marche dès ce week-end !"
Par : Olivier Fontaine, Laurent Hoareau, Jehanne-Emmanuelle Monnier
Format : Broché
Tous les immigrants et travailleurs engagés sont un jour arrivés à l’île de La Réunion par la mer. Si les lazarets sont la véritable porte d’entrée de l’île à terre, le navire est déjà un lieu de transition et de métissage. Qui sont ces nouveaux venus ? Où s’embarquent-ils ? Sur quels navires ? Quelles sont leurs conditions de traversée ? Qui sont les membres d’équipages ? C’est pour répondre à toutes ces questions que ce livre reprend l’exposition « Avant les lazarets, le voyage maritime » présentée en 2009 dans plusieurs communes réunionnaises, agrémentée de nouveaux documents et illustrations.
Par : Michèle Marimoutou, Bernard Leveneur
Format : Relié
L'exposition " Les engagés du sucre. L'engagisme à La Réunion, 1828-1938 " est présentée au musée Stella Matutina à Saint-Leu à La Réunion, du 15 novembre 2025 au 4 avril 2027. Elle a reçu le label " Exposition d'intérêt national 2025 " par le ministère de la Culture.
Transportés à travers les océans, les engagés sont des femmes, des hommes et des enfants qui, à partir des années 1820 et jusqu'aux années 1940, constituent en partie la main-d'œuvre abondante et bon marché utilisée par les puissances européennes dans leurs colonies. Ils participent à la production de denrées coloniales ou à la construction des infrastructures nécessaires à la mise en valeur des empires outre-mer, principalement anglais et français.
Entre 1828 et 1938, à La Réunion, ancienne colonie française, au moins 164 000 engagés arrivent des îles de l'océan Indien, d'Afrique de l'Est, d'Inde, d'Extrême-Orient et même du Pacifique. Ils tiennent une place importante dans l'économie réunionnaise de la seconde moitié du XIXe siècle. Le cadre de la plantation coloniale de cannes à sucre constitue pour beaucoup leur seul univers, leur seul horizon. Ils sont soumis à des conditions de vie parfois très dures, victimes du non-respect de leur contrat.
Plusieurs milliers d'entre eux meurent sur l'île. Certains font le choix de rentrer dans leur région d'origine. D'autres restent, par obligation ou par choix. À travers les descendants de ces derniers, l'héritage multiculturel des engagés est toujours présent dans la société réunionnaise actuelle.
Par : APLAMEDOM
Format : Format Kindle
L'association pour les Plantes Aromatiques et Médicinales de La Réunion (APLAMEDOM) est administrée par des bénévoles du milieu médical, universitaire, industriel et agricole. Elle oeuvre depuis l'an 2000 à l'amélioration et la transmission de la connaissance des plantes utilisées dans la pharmacopée traditionnelle locale et sa valorisation. Vous trouverez dans cet ouvrage pratique, l'histoire et les usages traditionnels de 25 plantes aromatiques et médicinales à l'île de La Réunion.
Plus qu'un simple site, Kèr & Rasin' est une passerelle entre mémoire et modernité. Partageons ensemble l'amour de notre Île intense.
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